Un nouveau modèle économique pourrait-il émerger de la crise COVID-19 ? Préparons ensemble nos étudiants !
Nous avons dû et su adapter depuis le 12 mars dernier notre pédagogie afin de dispenser nos cours à distance, relevant ainsi le défi de la continuité pédagogique et des examens à distance. Dans ce contexte Il devient également de notre responsabilité de faire évoluer nos programmes en insufflant des réflexions qui forgeront les esprits des cadres de demain que nous formons, conscients de l’importance d’un capitalisme pour le bien commun qui considère les personnes, non pas comme des instruments, mais comme des fins en soi (voir lettre de Brian CHESKY, AD de Airbnb).
La FGES, forte de ses deux chaires, a déjà entrepris ce chemin. En octobre 2020 nous avons programmé la deuxième édition de notre GREEN WEEK pour sensibiliser nos étudiant aux enjeux de notre société. Ces enjeux sont à la fois climatiques, environnementaux, sociétaux, technologiques etentrepreneuriaux. Et nous fondons beaucoup d’espoirs dans notre nouvelle licence pluridisciplinaire Technologies et Gestion du Développement Durable qui répond à un intérêt croissant des étudiants pour les questions autour du développement durable, des relations entreprises-nature, de l’écologie et du déclin de la biodiversité. Les étudiants de cette nouvelle licence apprendront à appréhender les « problèmes environnementaux » par une approche interdisciplinaire, mobilisant des concepts en informatique, science, économie et gestion.
La pandémie Covid-19 change radicalement le monde. Tous les secteurs sont impactés, y compris bien sûr celui de l’économie et de la finance, sur lequel la propagation du coronavirus a déjà eu et continue d’avoir des conséquences importantes. “C’est une expérience – note Pauline Grange, gestionnaire de portefeuille, actions mondiales de Columbia Threadneedle Investments – qui pourrait changer radicalement le comportement des consommateurs, des entreprises et des marchés financiers. »
En effet, lors des dernières semaines écoulées, nombreux ont été les appels pour une relance économique qui prend en compte les variables nécessaires aux changements des modèles d’affaires des entreprises, notamment des entreprises qui opèrent à une échelle internationale, voire mondiale. Paul Polman, président de Unilever et de la chambre de commerce internationale, en est une bonne illustration. Lors de son interview par skyNews le dernier 28 avril, il a rappelé qu’il prônait depuis un bon nombre d’années la nécessité d’un capitalisme différent. Les aspects sociaux sont devenus encore plus importants et dans les plans qui seront envisagés pour sortir de cette gigantesque crise il est impératif de repenser une économie qui, nous l’espérons, puisse fonctionner de façon plus équitable et plus conforme aux frontières planétaires.
Les entreprises pourraient-elles passer par une phase de profonde réorganisation et attacher une plus grande importance à leur finalité, c’est-à-dire à leur impact sur l’environnement et sur les consommateurs, sur la société, sur les employés et sur la chaîne de production et ainsi devenir actrices de la relance de l’agenda vert et d’une montée en puissance du capitalisme moral ?
Dans la tribune apparue dans le Monde le dernier 4 mai, quatre-vingt-dix dirigeants d’entreprises françaises et internationales ont voulu montrer qu’ils avaient intégré et affirmé « leur engagement collectif », et appellent à une mobilisation collective pour faire de la relance économique un accélérateur de la transition écologique. « Nous croyons qu’il est aujourd’hui possible de faire des moyens financiers un accélérateur d’une relance verte et inclusive. Les plans de relance à venir constituent autant d’occasions pour que les investissements nécessaires confortent les trajectoires de transformation ».
Les chefs d’entreprise sont en train de reconnaître, semble-t-il, que, dans les chaînes de valeur mondiales, il n’y a aucun moyen d’externaliser la responsabilité environnementale ou sociale. Au contraire, les sociétés multinationales peuvent et doivent utiliser leurs chaînes d’approvisionnement étendues pour stimuler le changement et améliorer la qualité de vie sur les marchés où elles opèrent.
Fabrice Bonnifet, président du Collège des directeurs de développement durable (C3D) dans une interview au Climatico du 28 avril, interpelle le système éducatif, qui « continue d’enseigner des modèles qui ne fonctionnent pas et se heurtent aux limites du monde physique et des lois de la thermodynamique » et invite à « redéfinir les contenus pédagogiques, depuis l’école élémentaire jusqu’aux grandes écoles ».
La FGES a déjà pris le virage du monde d’après en formant des étudiants aptes à relever le défi de le façonner et de le gérer.
Elisabetta Magnaghi
Doyen de la Faculté de Gestion, Économie & Sciences