Message de Nicolas Vaillant

La crise provoquée par l’épidémie du COVID-19 nous a contraints à la prise d’innombrables décisions, individuelles ou collectives, privées ou publiques, dans un laps de temps très court, et pour un horizon d’application tout aussi court. Cette crise dépasse largement le cadre du champ médical et biologique, et même celui plus général de la santé publique. Elle traverse de nombreux domaines de recherche, notamment politiques, économiques, juridiques, psychologiques, théologiques, sociologiques, anthropologique et -évidemment- philosophiques et éthiques. Sur ce dernier point, je fais référence aux questions relevant de l’éthique dite de l’urgence, tout autant qu’à l’aspiration de notre université d’alerter sur l’urgence de l’éthique, à la fois pour cette crise et pour les conséquences qu’elle aura dans les mois et les années à venir. La situation nous rappelle, s’il le fallait, à quel point la recherche dans tous ces domaines est utile, fondamentalement utile.

Les facultés et écoles de notre université, leurs laboratoires et leurs équipes de recherche ont les compétences et les atouts pour se saisir des questions soulevées par la crise. Nous ne mobilisons pas ces compétences dans une logique « d’excellence de masse », c’est-à-dire en mettant énormément de moyens sur un sujet pointu ou dans une discipline en particulier, mais dans une logique « d’excellence d’agilité », dont l’esprit est de créer des savoirs nouveaux et d’innover en mettant en dialogue des disciplines différentes ; mettre en réseau, aller chercher l’innovation au cœur des rencontres improbables, c’est une de nos marques de fabrique.

Ainsi, dans un contexte très contraint de télétravail à domicile et lorsque le rythme exercé par la continuité pédagogique le leur a permis, les enseignants-chercheurs ont basculé dans une activité de continuité scientifique. En très peu de temps après le démarrage de la crise et par le canal d’une équipe TEAMS dédiée (« Recherche ICL – COVID 19 »), de nombreuses réflexions, pistes et initiatives, individuelles et collectives, ont vu le jour :

– Matthieu Belarouci (ETHICS – Anthropo Lab), sur la saturation des capacités de production hospitalière ;

– Malik Bozzo-Rey (ETHICS) et Tiphaine Zetlaoui (FLSH), sur l’influence des comportements en situation d’incertitude, dans le prolongement du projet INFLUENTHICS soutenu par l’appel à projets ERASME (2019) ;

– Thierry Chopin (ESPOL), sur l’urgence politique d’incarner la solidarité européenne, face à la crise ;

– Barthélémy Courmont (FLSH), sur l’évolution des relations sino-américaines provoquée par la pandémie ;

– Marie-Laure Deneffe-Dobrzynski (FMM), par la création d’un groupe WhatsApp « BIBLIO CORONA » dédié à la revue de littérature sur les conséquences sanitaires et sociétales de la crise ;

– Véronique Flambard (FGES), sur l’adhésion aux règles collectives coûteuses individuellement (par exemple, le confinement, les achats strictement nécessaires…) mais bénéfiques collectivement ;

– Sonia Le Gouriellec (FD), sur la façon dont la crise affecte les relations internationales ;

– Fabrice Le Lec (ETHICS – Anthropo Lab), sur les approches comportementales de l’antibiorésistance, et sur les comportements de prévention, assurance et autoprotection en période de crise sanitaire ;

– Blandine Mallevaey (FD), sur les conséquences du confinementen droit de la famille, dans le prolongement du projet Enfance & Familles, soutenu par l’appel à projets ERASME (2019) ;

– Paulo Rodrigues (ETHICS – CEM et FT), sur l’humanisation de la mort en temps de pandémie ;

– Lina Williatte (FD), en lien avec la Société Française de santé digitale, sur la pratique de télé consultation médicale par les professionnels de santé ;

– La chaire « Ethique, technologie et transhumanismes », sur les enjeux éthiques du numérique pendant la crise (Yves Poullet, Marie-des-Neiges Ruffo, Jessica Lomabard), et par le canal du blog de Paul Jorion (www.pauljorion.com);

– L’équipe du Centre d’Ethique Médicale (ETHICS et FMM), autour de Jean-Philippe Cobbaut, sur le soutien éthique aux EHPAD en contexte pandémique, avec plusieurs autres enseignants-chercheurs précédemment cités, et en co-construction avec les EHPAD de la Catho ;

– Le séminaire intitulé Littoral de l’intime de la FLSH, sur les enjeux du confinement, avec notamment un documentaire réalisé et produit par Erika Thomas, intitulé COVID, Chronique d’un huis clos.

Ces recherches seront ponctuelles ou durables. Elles modifieront nos domaines d’expertise, amélioreront certaines de nos compétences et impulseront peut-être des programmes de recherche émergents, valorisés dans des appels à projets qui apporteront des sources de financement. Elles affecteront immanquablement notre façon de faire de la recherche, de mettre en dialogue nos connaissances. Elles ont d’ores et déjà favorisé des rencontres, elles ont impulsé de nouvelles collaborations, et renforcé et orienté des coopérations préexistantes. A Toute crise a sa catharsis, toute crise a son kairos ; pour les chercheurs, l’opportunité est saisie en ce moment.

Bravo et merci à eux, faire université, c’est aussi faire de la recherche.

Nicolas Vaillant

Vice-Président Vice-Recteur en charge de la recherche